Prolégomènes
Avant de penser à esquisser les balbultiements des prémisses, axiomes, principes et dogmes de la Confrérie, nous croyons qu'il est capital d'éclaircir certaines orientations, angles ou courbes qui la sous-tendent dans son déploiement transhistorique; ainsi, nous pourrons nous assurer que la dialectique vestimentaire qui sera notre propos pourra s'élancer vers des cieux exempts de nuages conceptuels ou formels, qui ne seraient finalement qu'autant d'obstacles gênants pour notre vol au sein d'un azur communicationnel d'une limpidité garante d'innombrables jambes et cuisses proprement dénudées par l'absence de pantalons qui est, nous l'affirmons sans ambages (et sans pantalons), le destin de l'humanité pouvant enfin se libérer des jougs antédiluviens qu'elle s'est elle-même imposée à travers le brouillard cotonneux, voire contentieux, de son histoire pluriséculaire et auto-génocidaire.
L'axe privilégié pour ce discours libérateur et incendiaire sera celui des structures du pouvoir telles qu'elles s'effectualisent au sein même de la conscience réduite à son fragment le plus fin, à savoir: la merde. Procédant d'une phénoménologie incisive et sans merci, parfois foireuse, par ailleurs solide et régulière, notre analyse se voudra celle des contraintes telles qu'elles s'articulent dans l'élaboration de l'être langagier conscient depuis son surgissement dans les structures écrasantes du vivant jusqu'à la prise de contrôle imposée et aliénante de ses sphincters et l'abandon de la réconfortante et molle chaleur de la couche; donc il s'agit d'aller aux origines profondes et refoulées de la civilisation en tant que tel.
En régressant vers les origines des contraintes primordiales que sont la scatologie (et, accessoirement, la faim), en disséquant l'appareil digestif avec les lames acérées de la phénoménologie la plus pure, c'est-à-dire par l'épochè paranoïde et le refus des dogmes de l'hygiène la plus rudimentaire, nous visons à dégager les structures mêmes du pouvoir telles qu'elles s'articulent depuis la nuit des temps au sein des sociétés humaines, et à émanciper ces dernières de leurs visées totalitaires, qu'elles cherchent à atteindre en ignorant leurs propres déchets. Cette phénoménologie de la domination, à la fois scatique et altière, souterraine et céleste, n'a d'autre but que de saper la base conceptuelle des phénoménologies qui l'ont précédées, et à les surpasser en débutant par l'en deçà des fondements qui sont trop souvent ceux d'un adulte ayant depuis longtemps appris à maîtriser les rudiments de ses sphincters.
Pourquoi irions-nous aussi creux, insisteront les sceptiques? (et pourquoi pas plus creux, revendiqueront les septiques?) Tout simplement parce qu'une phénoménologie digne de ce nom ne peut se passer des substrats qui sont à même de garantir sa possibilité, c'est-à-dire les systèmes anciens (ceux que nous aborderons plus tard en tant que contraintes primordiales de l'être-caca) sur lesquels la possibilité même de la réflexion consciente se déploie; autrement dit, les substrats bio-organiques (parfois même pseudo-organiques), et, en tout premier lieu, l'appareil digestif permettant l'assimilation d'énergie et l'émergence, par le patient tissage alimenté de cette énergie brute, de niveaux de complexité allant toujours augmentant, disions-nous donc, l'érection de nouvelles et inédites structures possédant des caractéristiques imprévisibles et échappant à l'analyse de leur composantes du niveau précédent dans la chaîne ininterrompue de l'auto-organisation de la matière.
Ce dernier point peut sembler mystérieux à prime abord, mais il n'est que l'antagoniste logique, et finalement évident, de l'entropie, c'est-à-dire, de la mort. Ces deux forces dansent depuis un nombre incalculable d'années une valse cosmique qui a, sur Terre, créé la vie telle que nous la connaissons. Rien de tout cela n'est le fruit du hasard sans dessein (pas plus que d'un dessein intelligent); il ne s'agit que d'une opposition primordiale, ontologique, êtrologique, qui a, au fil des agencements chaotiques de la matière, produit une certaine forme - nous - de la matière s'organisant elle-même, s'auto-organisant, qui se rencontre par ailleurs partout dans le système solaire et jusqu'aux confins les plus éloignés et inimaginables de l'univers.
Cette matière auto-organisante, en tant qu'antagoniste de l'entropie, qui par le passage inexorable du temps la détruira irrémédiablement, cherche à préserver sa propre mémoire, à s'auto-mémoriser. Le concept, plutôt naïf, d'une identité, qui nous est si cher, n'est rien de plus que la manifestation de cette force, voulant - volonté de mémoire - se préserver malgré la charge annihilante de l'entropie, la volonté (le terme, quoiqu'anthropomorphisant, suffit ici à rendre compréhensible ce ballet intemporel) de mémoire cherchera donc par tous les moyens à conserver une part d'elle-même, à transmettre son identité à travers le temps destructeur.
Vous vous direz ici probablement que nous sommes bien loin des pantalons, et vous auriez immanquablement raison, sauf à ce détail près: les pantalons, en tant que contrainte sociale, ne sont finalement rien de plus qu'une énième manifestation de la volonté de mémoire de la matière auto-organisante à préserver des gènes, des organismes, des espèces et des codes vestimentaires. Mais, alors, m'objecterez-vous, n'est-ce pas là sacrilège que de s'opposer à cette volonté? En un certain sens, oui. Mais le plus étrange dans toute cette étrangeté, c'est que la conscience, fondée tout d'abord sur votre capacité à contenir vos sphincter et à ne plus vous conchier, vous a légué, de manière presque accidentelle ou involontaire, la capacité de ne plus porter de pantalons. Quel revirement ironique! Des milliards d'années de travail minutieux pour l'échapper ainsi? Nous explorerons ces idées dans nos chapitres sur les voies de la résistance.
Parce qu'au final, ce dont il sera question ici, ce seront bel et bien les structures du pouvoir, telles qu'elles se déploient dans les temps infinis du cosmos, médiatisées par la dialectique intemporelle de l'entropie destructrice et de la volonté de mémoire de la matière auto-organisante. Nous nous tenons, debouts, couchés, peu importe - mais, surtout, sans pantalons - à l'intersection créatrice du chaos et de la mémoire, et nous seuls pouvons décider aujourd'hui, ou demain, ou à jamais, de ne pas porter de pantalons.
Notre prochaine discussion s'attardera sur les modalités de la contrainte première, le Sphincter, en tant que fondement de la conscience. Cette contrainte, comme toutes celles qui vont immanquablement suivre au fil des âges de l'âme consciente - réflétées, aussi, dans l'histoire de l'humanité, et donc véritablement transhistorique, filament des époques infinies et innnomables qui structurent (ou plutôt qui s'auto-structurent) tout ce qui ne sombre pas dans l'oubli entropique - est à la fois contraignante mais aussi libératrice en tant qu'elle permet l'émancipation par le refus, notamment, le refus des pantalons, la masturbation et le suicide, entre autres. Nous y reviendrons aussi dans notre section sur les voies de la résistance.
C'est chiant la diarrhée
RépondreEffacerÇa pue, aussi.
EffacerNe faut-il pas considérer également la démarche même de cette conceptualisation en tant que dispositif contraignant l'âme à se conchier à travers le déploiement du processus discursif? La forme éthérique de l'être visant sa propre purification dans la dissolution de la chair et visant à s'absoudre de la contrainte matérielle excrémentaire en s'élevant vers l'intemporelle forme abstraite de la transcendance, l'Esprit désirant de ce fait désintégrer toute organisation-mémoire au profit du vide intersidéral et immaculé de la propreté infinie. Je fais évidemment abstraction de la répugnante matière sombre qui souillerait jusqu'à la profondeur quantique de la fabrique de l'espace, mais c'est un autre sujet!
RépondreEffacerTout à fait. Nous y reviendrons justement, et plus largement, dans notre section sur la double dialectique de la pulsion de pureté et de la pulsion de merde, en tant qu'elles s'articulent dans les espaces infra-pantalonaires (mais, faut-il préciser, de par sa transcendance en tant que dialectisation subconsciente et superconsciente, elle peut atteindre au supra-pantalonaire lorsqu'elle jaillit avec forte pression), et ce, tout au long de l'histoire de l'invididu conscient en tant qu'il se constitue dans les humidités et les mollesses de sa couche.
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